Pouvons-nous produire une résistance à la maladie d’Alzheimer?

« Nous espérons que, par les activités de loisirs “intelligentes” que nous concevons, nous puissions aider les gens à développer le genre de réserve cognitive qui, nous le savons, a un effet protecteur contre la maladie d’Alzheimer. » – Dre Sylvie Belleville

La Dre Sylvie Belleville est professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal et directrice de la recherche à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal

La Dre Sylvie Belleville est professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal et directrice de la recherche à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal

Malgré l’absence de symptômes avant leur décès, certaines personnes finissent par mourir avec des cerveaux criblés d’Alzheimer. Comment l’expliquer?

Selon la Dre Sylvie Belleville, se livrer à des activités stimulantes au cours d’une vie est ce qui semble compter.

Un avantage indirect des activités, explique-t-elle, est qu’elles aident à développer la résilience cognitive au fil du temps et que cette même résilience peut être exploitée de façon à gérer les effets des maladies liées à l’âge, comme la maladie d’Alzheimer (MA). Cette théorie est appuyée par l’observation selon laquelle les personnes qui ont réussi à retarder l’apparition des symptômes – parfois de plusieurs années – ont eu un niveau élevé d’implication cognitive tout au long de leur vie.

Inspirée par ce savoir, la Dre Belleville et son équipe sont en train d’élaborer un programme qui vise à développer une réserve cognitive plus tard dans la vie. Elle sera testée en vue de sa validation à Toronto (Ontario) et à Montréal (Québec) entre 2016 et 2018.

Fait intéressant, ce ne sont pas seulement des activités pédagogiques de haut niveau qu’ont en tête les chercheurs pour le programme. S’il est vrai que les activités pédagogiques – comme l’enseignement de véritables stratégies pour emmagasiner et extraire des informations de la mémoire ou pour mieux contrôler l’attention et la concentration – améliorent la résistance cognitive chez les personnes à risque de développer la MA, ces interventions ne sont pas universelles. Elles ne correspondent pas forcément aux points forts et aux intérêts de tout le monde et peuvent donc être exclusives et inintéressantes.

Sachant cela, la Dre Belleville et son équipe ont choisi d’élaborer un programme de formation qui combine certains aspects de l’entraînement cognitif pédagogique et les activités de loisirs. En d’autres termes, les stratégies cognitives qui sont enseignées au cours des séances d’études sont appliquées et mises en pratique dans le contexte d’une participation à des activités de loisirs. L’idée derrière cette approche est qu’en appliquant ces stratégies à l’extérieur du cadre formel du laboratoire, les gens seront plus portés à les utiliser dans d’autres situations de la vie quotidienne.

Les activités de loisirs que la Dre Belleville et son équipe ont ciblées sont : apprendre à jouer de la musique, visionner des documentaires, apprendre une deuxième langue (l’espagnol) et jouer à des jeux vidéo spécialisés parce que ces activités sont connues pour avoir un impact positif sur la cognition à la fois chez les jeunes et chez les adultes plus âgés. Tout comme les activités d’apprentissage plus conventionnelles en milieu scolaire, ces activités stimulent et forment la cognition. Cependant, elles sont aussi amusantes, motivantes et accessibles, peu importe les expériences antérieures d’une personne.

Concevez-les comme une sorte de « laboratoire vivant » où les gens peuvent expérimenter, s’entraîner et faire ensuite des exercices dirigés pour revoir les stratégies qu’ils ont apprises auparavant, mais dans le but de créer de nouvelles voies pour cheminer à travers la vie quotidienne et développer une résilience contre les maladies neurodégénératives.

Grâce au CCNV, Sylvie Belleville et son équipe auront bientôt l’occasion de tester leur hypothèse.

Une fois les personnes recrutées pour ce programme, au début de 2016, les équipes commenceront à examiner les effets de ces activités sur le bien-être général et sur les résultats cognitifs, comme la mémoire et l’attention. Ils pourront également vérifier dans quelle mesure ces activités se transposent dans les tâches de la vie quotidienne, comme la prise en charge des médicaments et la planification de l’épicerie. De plus, l’équipe examinera des clichés du cerveau pour voir si les gens développent de nouvelles régions du cerveau lorsqu’ils effectuent des tâches de mémoire et s’il y a un impact structurel du programme de formation sur l’hippocampe (c’est-à-dire une région du cerveau qui joue un rôle dans la mémoire et est également affectée très tôt dans l’évolution des maladies neurodégénératives).

Fait à noter, les mêmes participants seront de nouveau évalués, de 18 mois à deux ans après la fin du programme, pour évaluer ses effets à long terme sur la vie et la santé et pour déterminer si les avantages se maintiennent même une fois que les activités ont pris fin.

Le premier objectif de l’équipe consiste à fournir des données basées sur des preuves scientifiques pour appuyer la théorie selon laquelle la résilience du cerveau aux maladies liées à l’âge peut être développée plus tard dans la vie. Peu après, si leur programme est un succès, ils travailleront sur son intégration dans la communauté et les milieux de soins afin qu’il puisse être offert non par des experts, mais par des personnes qui ont été formées à cet effet.

Ce projet comporte des avantages et une portée considérables pour le grand public. En validant des méthodes pour les programmes d’« entraînement du cerveau », cette équipe contribuera à s’assurer qu’ils ont répondu aux « véritables besoins quotidiens des gens, hors des laboratoires et des cliniques ».