De nouvelles stratégies pour diagnostiquer la maladie d’Alzheimer grâce à l’imagerie cérébrale

« Actuellement, il ny a pas de moyen efficace pour traiter la maladie dAlzheimer ou pour diagnostiquer de façon définitive cette maladie au cours de la vie. Nous avons récemment démontré que la protéine butyrylcholinestérase (BChE) se présente généralement en concentrations élevées dans le cerveau des personnes atteintes de la maladie dAlzheimer et est un marqueur très spécifique de la maladie. Nous avons mis au point un radiotraceur pour limagerie cérébrale qui cible la protéine BChE. La méthode dimagerie cérébrale mise au point dans notre laboratoire peut améliorer la précision et la détection rapide de la maladie dAlzheimer, ce qui permettra de mieux évaluer les nouveaux traitements pour la maladie dAlzheimer et doffrir un traitement de la maladie en temps opportun. » Dr Sultan Darvesh

 

La maladie d’Alzheimer est la cause la plus fréquente de démence, etle nombre de personnes touchées est en hausse.

 

Depuis plus de 30 ans, des chercheurs tentent de découvrir une intervention qui pourrait modifier l’évolution de la maladie d’Alzheimer, améliorer le vécu de ceux qui vivent avec cette maladie, et en inverser les conséquences sociales et économiques. Malgré ces efforts, on ne peut établir un diagnostic définitif qu’après le décèsd’une personne atteinte de cette maladie.

 

Selon le docteur Sultan Darvesh — qui dirige la Maritime Brain Tissue Bank (Banque de tissus cérébraux des provinces maritimes et est chercheur au sein du Consortium canadien en neurodégénérescence associée au vieillissement — c’est seulement grâce à un examen du tissu cérébral après le décès d’une personne que les chercheurs peuvent observer l’étendue des plaques bêta-amyloïdes (ßA) et des enchevêtrements neurofibrillaires tau dans le cerveau d’une personne décédée de la maladie d’Alzheimer. Ces plaques et enchevêtrements ont longtemps été les marques distinctives de la maladie.

 

Dans la maladie d’Alzheimer, le néocortex — la partie du cerveau associée à la pensée — est l’une des premières régions du cerveau dans laquelle s’accumulent les plaques ßA pathologiques. Une réaction en chaîne s’ensuit. Les plaques βA se propagent à d’autres régions du cerveau importantes pour la mémoire, le comportement ainsi que d’autres fonctions cognitives. Comme l’explique le docteur Darvesh, la progression des dépôts βA se produit de l’extérieur vers l’intérieur, « ce qui fait en sorte que le cortex cérébral devient le premier endroit à cibler pour détecter de façon précoce la maladie d’Alzheimer ».

 

Jusqu’à présent, des chercheurs ont réussi à visualiser les plaques βA et les enchevêtrements tau dans des clichés d’imagerie cérébrale grâce à la mise au point de produits de contraste injectables, utilisés comme biomarqueurs, qui sont très sensibles et peuvent se lier seulement à ces dépôts et ainsi illuminer le tissu pathologique. Les efforts de ces chercheurs en matière de diagnostic précoce ont été compromis par le fait que les plaques βA et les enchevêtrements tau peuvent aussi être observés dans le cerveau de près de 30 pour cent de personnes âgées sans atteinte cognitive. Dans ce contexte, le docteur Darvesh et son équipe ont tenté de découvrir un autre biomarqueur : la butyrylcholinestérase (BChE).

 

Ian Pottie, Meghan Cash, Andrew Reid, Drew DeBay, and Sultan Darvesh.

Pourquoi la BChE? Dans une étude récente, le docteur Darvesh et son équipe ont comparé les dépôts de plaque ßA et de BChE dans le cerveau de personnes âgées décédées sans atteinte cognitive, et dans celui de personnes décédées atteintes de la maladie d’Alzheimer. Leur objectif était de découvrir si la BChE pouvait servir de cible thérapeutique et de vérifier s’il s’agissait d’un marqueur assez sensible de la maladie qui pourrait être utilisé en imagerie cérébrale pour diagnostiquer la maladie d’Alzheimer tôt au cours de la vie d’une personne.

 

L’équipe a constaté que dans d’autres types de démences, comme la dégénérescence corticobasale, la démence frontotemporale, la démence à corps de Lewy et la démence vasculaire, il n’y avait pas d’augmentation des taux de BChE. Ceci suggère que la BChE s’associe seulement aux plaques βA et aux enchevêtrements tau dans le tissu cérébral de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Fait plus important encore, la pathologie associée à la BChE était pratiquement absente dans les tissus cérébraux des sujets étudiés qui n’avaient aucune n atteinte cognitive mais qui avaient des accumulations de plaques βA et des enchevêtrements tau.

 

Cela signifie que la BChE peut permettre d’établir une distinction entre des plaques liées à la maladie d’Alzheimer et celles que l’on retrouve dans le cerveau de personnes sans atteinte cognitive.

 

L’équipe a confirmé que c’est aussi le cas chez les modèles de souris atteintes de la maladie d’Alzheimer. En fait, lorsque le gène BCHE est rendu “silencieux” dans un modèle de souris atteintes de la maladie d’Alzheimer, on observe une diminution correspondante dans les dépôts de plaque βA. Cela laisse croire que non seulement la BChE est propre à la maladie d’Alzheimer, mais qu’elle peut aussi être impliquée dans l’accumulation de la pathologie qui mène à la démence et à la manifestation clinique de la maladie d’Alzheimer.

 

Dans une seconde étude publiée cette année, le groupe du docteur Darvesh a été en mesure de démontrer qu’un radiotraceur mis au point pour cibler la BChE pour l’imagerie cérébrale a permis de faire la distinction, chez un modèle de souris atteintes de la maladie d’Alzheimer, entre des cerveaux atteints de cette maladie et des cerveaux sains.

 

Pour citer le docteur Darvesh : « Ces résultats démontrent que la BChE peut servir de biomarqueur plus précis de la maladie d’Alzheimer que les plaques βA et peut donc être plus en mesure de diagnostiquer la maladie d’Alzheimer lorsque cette molécule est utilisée comme cible diagnostique en imagerie cérébrale. »

 

D’autres tests et raffinements de ces radiotraceurs prometteurs de la BChE en imagerie cérébrale sont en cours afin que ces substances puissent faire l’objet d’essais cliniques au cours des cinq prochaines années.