Blogueurs invités : La marijuana pour la maladie d’Alzheimer?

Blogueurs invités

Cet article a été rédigé par les blogueurs invités, et chercheurs du CCNV, Nathan Herrmann, M.D., FRCPC, et Krista Lanctôt, Ph. D. (Sunnybrook Health Sciences Centre et Université de Toronto)

 

La maladie d’Alzheimer et les autres démences sont connues pour leurs effets sur la mémoire et les autres fonctions cognitives. Ce qui est moins bien connu, mais qui est d’une grande importance pour la qualité de vie et des soins, c’est l’effet que ces maladies peuvent avoir sur le comportement et le bien-être psychologique de la personne touchée et sur ceux de son ou ses soignants. Certains des symptômes les plus importants comprennent l’agitation et l’agressivité, présentes chez environ 25 pour cent des patients à un moment ou un autre de leur maladie, et présentes beaucoup plus fréquemment chez les personnes qui ont besoin de soins de longue durée. L’agitation et l’agressivité sont aussi de fréquentes sources de motivation chez les soignants pour chercher à obtenir du soutien et envisager un placement en établissement. Ceci est en partie dû au fait que la plupart des traitements médicaux pour l’agitation et l’agressivité ne sont que peu efficaces et que les traitements plus efficaces (p. ex., les antipsychotiques) sont souvent associés à un risque accru d’accident vasculaire cérébral ou même à la mort.

 

L’objectif de l’équipe que nous dirigeons (avec le docteur Dallas Seitz), au sein du Consortium canadien en neurodégénérescence associée au vieillissement, est de prévenir et de traiter les symptômes psychologiques et comportementaux de la démence à travers des stratégies non médicales (comme la musique et l’art-thérapie) ainsi qu’à travers des interventions éducatives adaptées pour les soignants. En même temps, nous cherchons à découvrir de nouveaux médicaments qui sont plus sûrs et plus efficaces pour les personnes qui vivent avec la démence.

 

Dans le cadre d’un essai clinique effectué auprès de personnes ayant des atteintes cognitives modérées à graves et vivant dans des centres de soins de longue durée, nous utilisons la marijuana synthétique comme traitement pour l’agitation et l’agressivité. En comparant les effets d’un médicament appelé nabilone à un placebo, nous espérons démontrer que le médicament peut réduire l’agitation sans causer d’importants effets secondaires.

 

En ce moment, le nabilone est utilisé au Canada pour traiter les nausées associées aux traitements de  chimiothérapie contre le cancer. Parce que les composés dérivés de la marijuana (appelés cannabinoïdes) sont aussi connus pour aider à soulager la douleur et à augmenter l’appétit, nous espérons également voir une amélioration de ces symptômes. Après tout, la douleur et la perte de poids sont des problèmes importants pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, en particulier celles aux stades plus avancés de la maladie, et peu de traitements sûrs et efficaces existent.

 

Qui plus est, la douleur et la perte de poids semblent être étroitement liées à l’agitation et à l’agressivité, donc cibler l’ensemble de ces symptômes avec un seul traitement pourrait améliorer considérablement la qualité de vie et la qualité des soins prodigués aux personnes atteintes de démence.

 

Puisque nous venons de terminer le recrutement des participants, nous allons commencer à examiner les résultats de notre essai en 2018. Dans la préparation de notre étude, nous avons effectué une analyse de la documentation scientifique publiée portant sur les cannabinoïdes et la maladie d’Alzheimer, et avons été stupéfaits de constater le peu de données probantes disponibles sur l’utilisation et l’impact des cannabinoïdes. Bien que nous espérons que notre étude servira de guide aux médecins pour l’utilisation des cannabinoïdes pour la maladie d’Alzheimer, nous suggérons aussi aux médecins, aux personnes qui vivent avec la démence et aux familles de faire preuve de prudence puisque, à l’heure actuelle, il n’y a pas suffisamment de preuves pour recommander l’utilisation de la marijuana médicale, ou tout autre cannabinoïde, pour traiter la maladie. À l’avenir, nous pensons que nos recherches contribueront grandement à appuyer les lignes directrices, les politiques et les normes de pratique qui se concentrent moins sur les tentatives à court terme de refréner les comportements d’agitation et d’agressivité, et se concentrent plus sur le bien-être psychologique et psychosocial des résidents.

 

Pour en savoir plus sur ces travaux passionnants, consultez la section des nouvelles du CCNV, où des mises à jour sont régulièrement publiées, ainsi que le blogue du docteur Nathan Herrmann, The Memory Doctor