Des pratiques judicieuses pour les leaders en santé : Favoriser la réconciliation dans les soins de santé au Canada

Des résultats d’études menées par des chercheurs du Consortium canadien en neurodégénérescence associé au vieillissement (CCNV) montrent que la prévalence de la démence a augmenté de façon constante au cours des 7 à 10 dernières années dans les communautés autochtones. Qui plus est, la démence apparaît maintenant, en moyenne, 10 ans plus tôt dans ces communautés que dans les collectivités non autochtones au Canada, selon la Dre Kristen Jacklin.

Cela fait du nouveau rapport de SoinsSantéCAN, intitulé (document en anglais seulement), une ressource particulièrement pertinente qui tombe à point nommé pour guider les leaders en santé dans leur travail « visant à promouvoir la réconciliation et à abolir les disparités entre les résultats en santé des Autochtones et ceux des non-Autochtones ».

Dix  recommandations de pratiques judicieuses sont présentées dans ce rapport, dont l’engagement communautaire, le recrutement et la rétention d’employés et de fournisseurs de soins de santé autochtones, ainsi que la formation contre le racisme et sur la sécurité culturelle.

L’équipe de recherche sur les populations autochtones du CCNV (équipe no 20), codirigée par les Dres Carrie Bourassa et Kristen Jacklin, travaille depuis longtemps à abolir les disparités dans les soins offerts aux personnes Autochtones vivant avec une démence dans le cadre de projets de recherche axés sur le renforcement des capacités dans les communautés autochtones de l’Ontario et de la Saskatchewan.

Ces projets comprennent ceux menés par la Dre Jacklin, qui ont débutés avant la formation du CCNV. Ceux-ci ont permis d’établir que les symptômes de démence sont mieux acceptés dans les communautés anichinabées. Les Anichinabés tendent à percevoir les symptômes de démence (y compris les hallucinations) comme des visions de la mort à venir. Ces visions sont considérées comme des dons. Il ne faut pas y voir une conception romancée de la maladie, prévient la Dre Jacklin, mais cette constatation  « révèle qu’une perception différente de la maladie se traduit parfois par des modèles de soins différents et peut favoriser la déstigmatisation de la démence ».

La Dre Jacklin se réjouit de la parution du rapport Wise Practices et de ses recommandations qui s’arriment étroitement aux projets de recherche entrepris par l’équipe no 20, notamment les projets en lien avec l‘élaboration de documents culturellement pertinents portant sur la démence et les soins aux personnes atteintes de démence pour les soins à domicile et en milieu communautaires pour les Premières Nations et les Inuits, ainsi qu’avec la collaboration avec l’équipe du CCNV travaillant sur la gérontotechnologie et la démence, et ce grâce au financement reçu des Réseaux de centres d’excellence et de AGE-WELL NCE.

L’an dernier, la Dre Jacklin a lancé les premiers outils de promotion de la santé des personnes atteintes de démence conçu spécifiquement pour les peuples autochtones du Canada et le site Web Indigenous Cognition & Aging Awareness Research Exchange. L’équipe no 20 du CCNV considère cet accomplissement comme étant l’une des étapes requises pour combler les lacunes en matière d’information sur la santé destinée aux fournisseurs de soins de santé, aux adultes autochtones âgés et aux partenaires de soins.

La Dre Jacklin fait valoir qu’il est important « pour tous les Canadiens, que les recommandations issues de la Commission de vérité et réconciliation du Canada soient mises en œuvre et que des efforts soutenus servent à créer des espaces sécuritaires et équitables dans les systèmes de soins de santé pour les peuples autochtones. Le rapport Wise Practices fournit aux dirigeants de la santé les renseignements dont ils ont besoin pour travailler avec les leaders autochtones et leur communauté afin de paver une nouvelle voie vers l’équité en santé. Les recommandations présentées dans ce rapport cadrent avec les recherches amorcées par l’équipe sur les soins aux personnes atteintes de démence dans les populations autochtones du CCNV. Nous avons mis en œuvre un programme de recherche guidé par des conseillers des communautés locales et respectueux des connaissances et des méthodes autochtones. Notre recherche vise, en bout de ligne, à améliorer le diagnostic de démence et les soins prodigués aux personnes atteintes de démence grâce à des méthodes culturellement sécuritaires et tenant compte des traumatismes possibles qui peuvent être utilisées à différents échelons des services et des systèmes de santé. »

À titre de directrice scientifique de l’Institut de la santé des Autochtones des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), Carrie Bourassa accorde une place importante au jumelage de chercheurs autochtones émergents du domaine de la santé avec des chercheurs et chevronnés ainsi qu’avec des partenaires ou des chercheurs dans les tout premiers stades de leur carrière.

Selon la Dre Bourassa : « Traditionnellement, les soins de santé autochtones relevaient d’une équipe de guérisseurs de la communauté formée de sages-femmes, d’herboristes et de l’indispensable shaman, qui s’apparente aux équipes de santé multidisciplinaires de notre époque. Une grande part des riches connaissances d’alors ont été préservées, et reviennent en usage alors que nous embrassons la sagesse et les avantages du concept du double regard. La transmission de génération en génération d’un savoir durement acquis était et demeure une valeur autochtone centrale.

Lorsque le CCNV entrera dans sa phase II, il continuera de tirer parti de ses méthodes uniques de recherche collaborative sur la démence. Étant donné que le gouvernement fédéral en est à élaborer une stratégie nationale contre la démence, les efforts déployés par toutes les équipes du CCNV peuvent davantage prendre une perspective communautaire, être plus coordonnés et mieux répondre aux divers besoins des Canadiens grâce aux renseignements contenus dans le rapport Wise practices.

« La création d’une stratégie nationale contre la démence au Canada, où la recherche prendrait une place prépondérante, représente une avancée importante. Le CCNV a accompli un travail considérable pour définir les meilleurs objectifs à court et à long terme pour les chercheurs canadiens. Nous espérons pouvoir partager notre travail, notre enthousiasme et notre expertise dans les prochains mois avec les personnes participant à l’élaboration de la stratégie nationale. Le Canada s’illustre dans certains domaines de la recherche contre la démence qui lui sont uniques, comme les projets de recherche sur les Autochtones de l’équipe no 20, et peut jouer un rôle d’une importance croissante sur la scène internationale. Le financement adéquat de ces recherches aura une incidence mondiale. » Dr Howard Chertkow, directeur scientifique du CCNV

Une collaboration nationale efficace entre des chercheurs et des cliniciens provenant de nombreuses disciplines permet au CCNV d’être à l’avant-garde de la recherche, de la prévention, du traitement et de la prise en charge de toutes les formes de démence.